Homélie du père Benoît - Dimanche 23 octobre 2022

installation Père Benoit-13

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Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes !

Ste Croix, St Michel, Bordeaux, 23 octobre 2022

« Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes ! » : la “prière” de Pharisien qui est plutôt une fausse prière, la parodie d’une prière, l’éloge de l’autosatisfaction…

Bien loin de la réponse à la première question posée au Pape François fraîchement élu Pape il y a 9 ans : « Qui est le Pape Jorge Bergoglio ? » Réponse : « Un homme pécheur pardonné. »

Le pharisien n’était pas une mauvaise personne. Il n’est pas méchant comme notre juge du dimanche dernier. Il faisait beaucoup de bonnes actions dans sa vie : il allait à l’église, il jeûnait 2 fois par semaine (comme le jeûne de Medjugorje / ou comme avoir deux tours d’adoration nocturne … ) , il partageait le dixième de tout ce qu’il gagnait comme dîme à la quête, ou le donnait directement dans la manche des pauvres et SDFs (qui d’entre nous donne autant ?).

Mais il réalisait toutes ces bonnes œuvres avec un grand défaut : il était imbu de sa personne, satisfait de lui-même, et se sentait si parfait et supérieur qu’il se permettait de juger et de mépriser les autres. Il éprouvait tant de joie et de complaisance pour ses propres vertus de bon chrétien ou de bon catholique que sa “prière” était devenue stérile. Ne sommes-nous pas tous un peu comme lui ? Ne portons-nous pas un petit pharisien en chacun de nous ? On juge et critique les autres, on se sent supérieur, on pense mieux faire selon nos propres critères, selon notre façon de voir les choses. Qui d’entre nous n’est pas inquiet pour son apparence, pour l’image que les autres ont de lui ? La prière d’une personne orgueilleuse ne transperce pas les nuages, n’atteint pas Dieu. Cette prière rebondit sur le coeur de Dieu comme une balle rebondit sur une vitre blindée !

Le publicain, lui, au contraire, ne pouvait pas se vanter de beaucoup de bonnes actions. Plutôt une vie passée à en avoir honte : collaboration avec les Romains, les ennemis païens occupants ; collectes des impôts vidant les poches de gens simples et sans défense ; se remplissant les poches en arrondissant vers le haut ; festins aristocratiques et somptueux accompagnés de grands crus, sur le dos du contribuable…

Mais ce publicain se rend compte de ses péchés. A peine s’il ose encore entrer dans le temple, la maison de Dieu. Il ne va pas plus loin que la porte. C’est parce qu’il n’ose plus lever ses yeux vers le ciel que sa prière parvient jusqu’au ciel et traverse les nuées pour atteindre son but : le cœur de Dieu ! « La prière du pauvre traverse les nuées ! » décrit Ben Sira le Sage dans la première lecture. Et Jésus ajoutera : « et sa prière percera le cœur de Dieu. » Il est totalement vidé de lui-même. Il est humble. Il reconnaît que sans Dieu il n’est rien, il n’a rien et il ne sait rien faire.

Comme le chante le psaume : un pauvre crie, le Seigneur entend.

Dieu se laisse séduire par l’humilité. Il ne peut pas résister aux charmes de dame humilitas.

Et un autre refrain du Pape François : il n’y a pas d’humilité sans humiliations ! Donc, ne craignons pas les humiliations. Ne prenons pas la fuite devant l’humiliation mais cherchons-la plutôt activement car qui s’abaisse sera élevé.

Quelles humiliations ? savoir laisser le mot final dans une discussion à l’autre ; savoir se laisser dépasser en voiture ou à vélo ; savoir se taire devant une accusation, même devant une fausse accusation ; savoir faire des services désagréables, salir ses mains ; savoir porter un échec professionnel, académique ou économique sans mettre la faute sur les épaules des autres ou si c’est le cas, en faisant silence sur la culpabilité de l’autre. Et en ce dimanche des missions : les humiliations à cause de notre témoignage chrétien : parce que nous sommes fidèles à Jésus, le monde païen nous traitera de tout : (d’intolérants, d’extrémistes fachos, de rétrogrades, d’égoïstes qui imposent et veulent empêcher la liberté des autres, de complexés insensibles au regard étroit et raide, continuez vous-même la litanie.. ) Ne pas craindre les humiliations, c’est aussi savoir supporter ces clichés absurdes avec simplicité.

Il y a le pharisien, il y a le publicain et il y a aussi Saint Paul. Comme le pharisien, Saint Paul, arrivé à la fin de sa vie, peut dresser une liste d’œuvres de vie impressionnante : tant de bonnes actions, de combats gagnés, de courses achevées, tant de couronnes. Mais comme le publicain, il reconnaît que tout est grâce, tout est œuvre de Dieu. Pas de mérites appropriés à soi-même. St. Paul, un homme pécheur mais pardonné par Jésus, le Fils, assisté par l’avocat, l’Esprit Saint, rempli de forces et arraché à la gueule du lion par le Père.

« Mon Dieu, nous te rendons grâce parce que nous sommes comme tous les autres hommes ! » : des hommes pécheurs mais pardonnés !

Amen.

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