Homélie du Père Benoît - Dimanche 5 avril 2020 - Dimanche des Rameaux (A)

 « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna au plus haut des cieux ! »

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Où sont tes enfants, où sont tes palmes et tes hosannas de joie ?

 

À mesure que Jésus, assis sur l’âne, avançait, les gens étendaient leurs manteaux sur le chemin. Devant les remparts de Jérusalem la foule des disciples, remplie de joie, se mit à louer Dieu à pleine voix : « Béni soit celui qui vient, le Roi, au nom du Seigneur. Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux ! » Quelques pharisiens, qui se trouvaient dans la foule, dirent à Jésus : « Maître, réprimande tes disciples ! » Mais au pied des murs du temple Jésus prit la parole : « Je vous le dis : si eux se taisent, les pierres crieront. »

 

Mais toi, Jérusalem 2020, tes ruelles, bazarres et souks sont vides. Où sont tes enfants, où sont tes palmes et tes hosannas de joie ? Tes pierres crieront elles à leur place ?

Et toi, Rome, ville sainte, tes bras embrassent une place vide comme le monde entier vidé de soi-même. Mais une petite tâche blanche reste debout tout seul au centre, comme étincelle d’espérance, un homme âgé vêtu de blanc. Oui, Pierre, la pierre qui crie et chante au nom du monde entier : « Hosanna ! »

Toi, Paris déjà dérobée de ta cathédrale de pierres brûlées, toi, New York, grande pomme vide que personne n’a encore envie de croquer, vos boulevards et avenues sont délaissés. Est-ce que les pierres de vos gratte-ciels vont crier « Hosanna » ?

Toi, Bordeaux, quartier du Sacré Cœur, avec ton boulodrome déserté où les boules de pétanques se sont transformées en souvenirs de chiens : ce sont tes pierres qui crieront et acclameront la venue du Messie ?

 

Mais, villes du monde entier, écoutez ! Ecoutez, on dirait le bruit de sabots d’âne passant tes ponts et tes tunnels, un jeune animal de charge galopant au centre-ville. La nature qui reprend sa place ?

Non, regardez : une ânesse qui porte un homme sur son dos, on dirait un roi. Cette année il porte un masque. Pas pour se protéger mais pour vous protéger. Même plus, pour vous sauver ! Un masque, pas pour se taire, mais au contraire, plutôt pour dire sa dernière parole : consumatum est ! Cette semaine tout sera bientôt accompli.

Mais, villes du monde entier, regardez bien : il n’a pas couvert ses yeux. On dirait le regard de Dieu ! Voyez ses yeux mouillés car il vient de pleurer sur Jérusalem et sur vous tous, sur nous tous qui n’avons pas reconnu les signes du temps. Il est la miséricorde incarnée. Pendant que nous nous rassurons nous même que notre science trouvera la solution à la pandémie par un vaccin ou anti-corps dans un an ou 18 mois, le Fils de David vient nous libérer de la racine de tout mal, c’est-à-dire libérer du péché en cette Semaine Sainte. Comment ? En prenant sur lui toute la souffrance, le poids de tous nos péchés comme un âne qui doit porter des surpoids. Il s’est anéanti, il s’est abaissé devenant obéissant jusqu’à la mort sur la croix.

Avec son entrée triomphale mais humble, joyeux mais triste, Jésus veut montrer que tous les évènements de la Semaine Sainte sont son propre choix par amour. Comme nous prions dans la prière eucharistique dans la Messe : « au moment d’être livré et d’entrer librement dans sa passion ». Librement ! Toute cette longue et cruelle passion que nous venons d’écouter : librement choisie, quelle folie d’amour !

Rue Sainte Cathérine, videz les étalages de tes magasins de vêtements de marque pour les étaler sur tes dalles froides, glissantes et délaissées : le Seigneur passera ! Enlève tes manteaux et étends les sur les pavés : car le Messie vient vers toi plein de douceur et Il cachera ta nudité comme il a fait avec Adam et Eve.

Non, pas les pierres mortes mais oui, chacun de nous, les pierres vivantes, crions : « hosanna au fils de David ! » Ne nous taisons pas. Ouvrons nos volets de la peur, ouvrons les fenêtres de notre cœur pour aller à la rencontre du Seigneur.

Que chaque famille depuis sa maison, que chaque personne seule confinée, que chaque malade, que chaque héros du service fait entendre sa voix de louange : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna au plus haut des cieux ! » Amen.

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